La Bible en ses Traditions

Apocalypse 6,15 ; 13,16 ; 19,18

Byz V S TR Nes

15 Et les rois de la terre et les grands et les généraux

et les riches et les puissants et tout esclave ou

Vet homme

TRtout homme libre

se cachèrent dans les cavernes et les rochers des montagnes

13,16 Elle fit qu’à tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves,

on mit une marque sur la main droite ou sur le front

19,18 pour manger la chair des rois, la chair des chefs militaires

la chair des soldats vaillants

la chair des chevaux et de ceux qui les montent

la chair de tous les hommes libres et esclaves, petits et grands. 

Texte

Procédés littéraires

6,12–16 ; 20,12–15 ; 22,7–10.18s livres MOTIF Le livre plus solide que le monde Dans Ap le livre, fruit concret de l'écriture (Procédés littéraires Ap 1,3), et le monde sont sans cesse mis en regard :

  • Avant la première situation du Voyant dans l’espace, le livre commence (Ap 1,1-8) par une très forte thématisation de l’écrit et livre eux-mêmes. 
  • Dès l'ouverture du sixième sceau, en Ap 6,12-17 : la fragilité du cosmos se dit comme les pages d’un livre qu’on peut arracher. 
  • À la fin du livre, qui dit précisément la fin du monde, le ciel et la terre s’enfuient et laissent place à des livres (Ap 20,12-15) auxquels le monde, y compris Mort et Hadès, obéissent.   
  • Le livre se termine — comme il a commencé — dans l’écrit et le livre eux-mêmes, à conserver absolument intègres et à divulguer le plus possible : Ap 22,7.10.18-19

Tout se passe comme si le texte et le livre eux-mêmes constituaient, en fait, le pôle de stabilité véritable qui permet de traverser l’épreuve de l’espace et du temps de la première création dans laquelle le lecteur est encore plongé …

Divers designers contemporains, aidés de l'IA, créent des images qui donnent à voir quelque chose de ce dialogue entre livre et monde, analogue aux relations du Logos et du cosmos. En voici deux exemple ; ce n'est peut-être pas un hasard qu'ils proviennent de pays à majorités musulmanes, quand on pense à l'importance du livre en islam.

Sait Toksoz, Nature voyage paysage ciel, (image numérique, 2018), Pixabay→ 

© Licence Pixabay→  

Chez ce designer turc, le monde du livre et le livre du monde (lui-même plat comme une page ?) communiquent, par l'intermédiaire de l'eau, sur fond de ciel.

Ahmad Mamdoh, Photo Manipulation Art Design, (image numérique, 2018) © D.R. Mamdoh→

Sur fond de ciel aussi, le designer égyptien contemporain rêve le monde dans le livre comme le locus amœnus qu'est un port de plaisance et une réserve inépuisable d'eau qui fait déborder la vie : du livre au monde, de l'artiste à son spectateur.

Réception

Arts visuels

6,12–17 les étoiles du ciel tombèrent sur la terre Le 6e sceau : enluminé ou enjolivé ?

Enluminure du 8e s.

Beatus de Liébana (ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784), manuscrit, folio 116r

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→ 

C'est surtout l'ouverture du sixième sceau que l'on retrouve ici. L'ensemble est moins effrayant que dans le texte, avec une mention spéciale au beau ciel bleu roulé « comme un livre », à la lune plutôt changée en fleur qu'en « sang », au soleil plutôt éclipsé que devenu « noir comme un sac de crin » et aux étoiles qui forment comme un tapis de fleurs, elles qui sont dites tomber « comme le figuier projette ses figues non encore mûres lorsqu'il est secoué par le vent ».

13,1–18 une bête + dragon + une autre bête ... Bêtes et méchantes

Enluminure du 15e s. 

Anonyme, Apocalipsis in dietsche (enluminure sur parchemin, 1401-1500), 84 x 24 cm, manuscrit, folio 14r, département des Manuscrits. Néerlandais 3

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

Une pointe d'anticléricalisme ? Il est des moines plus flatteurs... L'on reconnaîtra ce qui semble être une bannière de Templiers, brandie sur le côté droit, devant la bête, mais qui est aussi (surtout) l'étendard traditionnel dans l'iconographie de l'Agneau vainqueur.

Bible hiéroglyphique du 18e s.

Thomas Bewick (1753-1828) et Rowland Hill (1744-1833), New Hieroglyphical Bible (impression au plomb et gravure sur bois, 1794), 14 cm x 9 cm

Thomas Fisher Rare Book Library, Toronto (Canada) © Domaine public - Photo : Dr. Ralph F. Wilson

19,11–21 il parut un cheval blanc Chargez ! Le cavalier est plus explicitement associé au Christ dans l'enluminure anonyme du 15e s. que dans celle de Beatus de Liébana. Néanmoins, son auréole est mystérieuse, n'étant pas crucifère comme le nimbe caractéristique du Christ, mais en tourbillon, ce qui est un code iconographique unique et inédit.

Enluminure du 8e s. 

Beatus de Liébana (ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784), manuscrit, Latin 8878, folio 201v

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

15e s. 

Anonyme, Apocalipsis in dietsche (enluminure sur parchemin, 1401-1500), 84 x 24 cm, manuscrit, folio 22r, Département des Manuscrits. Néerlandais 3

Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).