Un projet du Programme de Recherches La Bible en ses traditions AISBL
Dirigé par l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem
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3 Ils chantaient le cantique de Moïse, l'esclave de Dieu
et le cantique de l’Agneau disant :
— Grandes et admirables sont tes œuvres Seigneur, Dieu tout-puissant !
Justes et véritables sont tes voies, ô Roi des siècles
Byzdes peuples !
4 Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom ? Car toi seul es saint.
Et toutes les nations viendront se prosterner devant toi
parce que tes jugements ont éclaté.
1–4 sept anges qui tenaient en main sept plaies Chanter sous la plaie
(ca. 730-798), Commentaire sur l'Apocalypse (ca. 784), manuscrit, folio 177r
Bibliothèque Nationale de France, Paris (France) © Domaine Public→
Les « sept plaies » tenues en main par les sept anges sont déjà symbolisées par des coupes (alors que celles-ci n'apparaissent en tant que tel qu'au verset 7). Dans la symbolique apocalyptique, la vendange (et donc la coupe de vin) est du côté du châtiment et de la colère divine, tandis que la moisson est du côté du salut, du tri des sauvés, rassemblés comme autant de bons grains dans le grenier du Seigneur.
3s le cantique de l'Agneau Reconnaissance Le cantique de Moïse et de l'Agneau est l'hymne de l'après : non pas le cri de la victoire fraîche, mais la contemplation apaisée de ceux qui ont traversé la mer de feu et qui, de l'autre côté, peuvent enfin dire : « Justes et véritables sont tes voies ». C'est un chant qui a perdu toute stridence, toute revendication. Il ne proclame plus, il reconnaît.
Alors que montaient les tensions avec l'impérialisme russe qui ne voulait pas reconnaître le mouvement national naissant en Ukraine, Valentin Silvestrov composa une œuvre chorale en quatre cycles, incluant chacun une variation sur l'hymne national, en écho aux événements de ce que les Ukrainiens appellent la « Révolution de la Dignité » sur la place du Maïdan à Kiev de novembre 2013 à février 2014. Musique Ap 1,1
Le second hymne national du Cycle IV, composé rétrospectivement pour le 9 février 2014, porte un mouvement de retour en arrière sur ce qui vient d'être traversé. Structurellement, sa position est saisissante : placé après l'Élégie et la Prière pour l'Ukraine, il arrive comme une relecture. La mélodie nationale y revient une dernière fois, mais dépouillée de toute tension, comme si elle avait enfin posé le poids qu'elle portait depuis le Cycle I. Entre le tocsin et les douces lamentations chorales portées par quelques voix à la fois, la mélodie résonne avec ses nuances hymniques et ses structures de chant pour une contemplation pleine de reconnaissance.
Valentin (1937-...), Pavlo (paroles), Maidan 2014, Cycle IV: IV. National Anthem, 2014
Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir © Licence YouTube Standard→
Les quatre cycles traversent l'arc complet de cette révolution, de la veille hivernale et silencieuse de janvier aux jours meurtriers de février, jusqu'à la berceuse fragile qui clôt le cycle après la victoire, comme si l'hymne national avait dû mourir et renaître plusieurs fois pour dire ce que le peuple ukrainien venait de traverser.
Comme les cantiques de l'Agneau dans l'Apocalypse, reprendre le même chant à travers les épreuves successives est un acte d'espérance, une conviction obstinée que ce qui est chanté, même dans le sang et la nuit, finira par advenir.
1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse