La Bible en ses Traditions

Apocalypse 1,1–6

Byz V TR Nes
S

VICI COMMENCE L'APOCALYPSE DE L'APÔTRE JEAN

Révélation

VApocalypse de Jésus Christ que Dieu lui a donnée pour montrer à ses esclaves

les choses qui doivent arriver bientôt

et qu’il a signifiées en envoyant par son ange à son esclave Jean

...

Byz TR Nes
V
S

qui a attesté le verbe de Dieu

et le témoignage de Jésus Christ : tout ce qu’il a vu.

qui a rendu un témoignage au verbe de Dieu

et un témoignage à Jésus-Christ : tout ce qu'il a vu.

...

Byz V TR Nes
S

Heureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de la prophétie et qui gardent les choses qui y sont écrites

car le temps est proche !

...

Jean aux sept Églises qui sont en Asie :

— Grâce et paix vous soient données de la part de ByzDieu celui qui est, qui était et qui vient

et de la part des sept esprits qui sont devant

Vsous le regard de son trône

...

Byz TR Nes
V
S

et de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier né des morts et le chef des rois de la terre

à celui qui nous aime et nous a libérés de nos péchés dans son sang

et de la part de Jésus-Christ qui est le témoin fidèle, le premier né des morts et le chef des rois de la terre

qui nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang

...

Byz V TR Nes
S

et a fait de nous un royaume, des prêtres pour Dieu son Père :

à lui, la gloire et le pouvoir pour les siècles des siècles ! Amen.

...

Texte

Procédés littéraires

1.9 de Jésus Christ ÉNONCIATION emboîtée : ambiguïté du génitif objectif et subjectif  L'ambiguïté du génitif en Ap 1,1.2.9  Grammaire désigne Jésus Christ

  • à la fois comme auteur et origine de la révélation qui débute dans ce verset, en quelque sorte son locuteur principal ;
  • et comme le personnage dont parle le texte.

Par la proclamation d'Ap, c'est Jésus Christ lui-même qui adresse à l'auditeur/lecteur une parole sur lui-même. On retrouve ici quelque chose de la structure d'énonciation en bande de Möbius qui caractérise les évangiles en tant que vecteurs de l'Évangile. Pour leur lecteur actuel, Jésus y est, sans plus solution de continuité entre les deux qu'il n'y en a entre l'intérieur et l'extérieur de l'anneau de Möbius, à la fois 

  • « contenu » dans l'énonciation de l'écrivain inspiré (en tant que personnage dans un récit) 
  • et « contenant » de cette énonciation même puisque c'est lui qui, par sa propre activité d'enseignement, a donné et autorisé la parole de ceux qui parlent de lui.

BojanV03, 3D Rendering of a Mobius Strip, (Image numérique, 2015)

© CC-BY-SA-4.0→,

En topologie, la « bande (ou ruban ou boucle) de Möbius » est une surface compacte dont le bord est homéomorphe à un cercle : il ne possède qu'une seule face, contrairement à un ruban classique qui en possède deux. Il a été décrit indépendamment en 1858 par les mathématiciens August Ferdinand Möbius (1790-1868) et Johann Benedict Listing (1808-1882), et baptisé du nom du premier en raison du mémoire qu’il présenta à son sujet à l'Académie des sciences à Paris. La bande de Möbius se visualise aisément, il suffit de tordre d'un demi-tour une bande de papier, puis de collant les deux extrémités : la forme qui en résulte est « sans fin », n'ayant ni intérieur ni extérieur. Elle fascine de nombreux graveurs (Escher), peintres, sculpteurs et plasticiens modernes et contemporains.

  • En 2012, Alice Pilastre a mis au jour Mobius Gymnopedy→, boîte à musique dans laquelle le ruban métallique de la partition a une forme de ruban de Mobius. Ce ruban contient les premières notes de la première des Gymnopédies d'Erik Satie. Quand on fait défiler la bande, on entend ces notes, puis les mêmes avec une inversion de hauteur.
  • Dans la culture populaire, depuis le premier « jour de la Terre » en 1970, elle est un symbole de l’éternité et même… du recyclage, sous forme d'un ruban vert formant flèches à trois demi-tours, signifiant qu'un produit peut être recyclé, ou a été fabriqué à partir de matériaux recyclés.

2.11.17.19 THÉMATIQUE Isotopie de la vision (eidon, eides, eiden). Témoin privilégié qui « a vu » (eiden Ap 1,2), Jean offre le récit de visions qu’il a reçues, en extase, le « jour du Seigneur » (Ap 1,10). Mais l’emploi de l’aoriste (Ap 1,11.17.19) suggère également que ces visions concernent le futur et s’ancrent dans l’éternité: « Écris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont et celles qui doivent arriver après elles » (Ap 1,19).

L'iconographie de Jean a fortement mis en scène sa dimension de voyant, en le représentant sur le promontoire d'une île, à la lisière du terrestre et du céleste, écrasé par l'ampleur des visions que lui dévoile le ciel : 

Pol, Hermann et Jannequin de Limbourg (1370–1416) ; Jean Colombe (ca 1440–93), Saint Jean sur l'île de Patmos, enmuminure dans  Les Très Riches Heures du Duc de Berry, (tempera sur parchemin de veau, ca 1411-1416), 29 x 21 cm

folio 17, ,Musée de Condé— Ms.65 © Domaine public→

3 IDIOLECTE JOHANNIQUE écriture, livre et cosmos Le simple fait d'écrire ou de ne pas écrire appartient à la dynamique même de l'apocalypse, dévoilement de ce qui est caché (Ap 1,3 vs Ap 10,4).

Spaceboyjosh, Rav Ariel Louis le Scribe, écrivant un rouleau, (photographie numérique, 2012), Massada, Israël © CC-BY-SA-4.0→

Réception

Liturgie

6 ; 5,12 Digne est l'Agneau - Introït

« Dignus est Agnus »

Traditionnel, Introït - Dignus est Agnus

Chœur des moines de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

© Abbaye du Barroux→, Ap 1,6.5,12 Ps 71,2

Introït chanté pour la fête du Christ-Roi.

Arts visuels

1s Apocalypse ... et Jugement dernier Le thème du Jugement dernier, par sa dimension spectaculaire et eschatologique, est de nature à frapper l'imagination des artistes et des fidèles. Il est pour cette raison souvent représenté sur les tympans, les fresques ou les retables des églises. Il se réfère non pas à l'entièreté du livre de l'Apocalypse, mais plus spécifiquement aux chapitres 20 et 21. D'autres passages néo-testamentaires sont décisifs pour le caractériser. Par exemple, dans l'évangile selon saint Matthieu (Mt 25,31-46), Jésus donne une description directe (sans parabole) de la future venue du « Fils de l'homme » qui « siègera » et « séparera » les nations comme le « berger sépare les brebis des boucs ». C'est un passage non moins fondamental que l'Apocalypse pour les représentations ci-dessous, dans lesquelles la séparation et la différenciation de l'espace entre les damnés et les élus sont très marquées et saisissantes.

12e s.

AnonymeLe Jugement dernier

tympan, cathédrale Saint-Lazare d'Autun (France) © Domaine public→

AnonymeLe Jugement dernier (tympan)

abbatiale Sainte-Foy de Conques (France) © Domaine public→

AnonymePortail du Jugement dernier (tympan, façade occidentale)

cathédrale Saint-Étienne de Bourges (France) © Domaine public→

14e s.

AnonymeLe Jugement dernier (fresque, pilier gauche sous le buffet d'orgues)

cathédrale Sainte-Cécile d'Albi (France) © Domaine public→

15e s. 

Fra Angelico (ca. 1395-1455), Le Jugement dernier (tempera sur bois, ca. 1431), 105 × 210 cm

musée San Marco, Florence (Italie) © Domaine public→

Rogier Van der Weyden (ca. 1400-1464), Polyptyque du Jugement dernier (peinture à l'huile sur bois, 1443-1452), 220 × 548 cm

Hospices de Beaune (France) © Domaine public→

15e et 16e s. italiens

Luca Signorelli (1441-1523), La Fin du monde (fresque, 1499-1502)

chapelle San Brizio (transept droit), cathédrale d'Orvieto (Italie) © Domaine public→

Luca Signorelli (1441-1523), La Résurrection de la chair (fresque, 1499-1502)

chapelle San Brizio (transept droit), cathédrale d'Orvieto (Italie) © Domaine public→

Luca Signorelli (1441-1523), Les Damnés et les Élus (fresque, 1499-1502)

chapelle San Brizio (transept droit), cathédrale d'Orvieto (Italie) © Domaine public→

Luca Signorelli (1441-1523), Les Damnés à l'Enfer (fresque, 1499-1502)

chapelle San Brizio, (transept droit), cathédrale d'Orvieto (Italie) © Domaine public→

Luca Signorelli (1441-1523), Les Élus au Paradis (fresque, 1499-1502)

chapelle San Brizio (transept droit), cathédrale d'Orvieto (Italie) © Domaine public→

Michel-Ange (1475-1564), Le Jugement dernier  (fresque, 1536-1541), 1370 × 1220 cm, mur de l'autel

chapelle Sixtine (Cité du Vatican) © Domaine public→

15e et 16e s. flamands

Jérôme Bosch (ca. 1450-1516), Le Jugement dernier (huile sur panneau de bois, ca. 1482-1516), 163,7 × 247 cm

Académie des Beaux-Arts de Vienne (Autriche) © Domaine public→

Musique

1 Apocalypse CYCLE de l'Apocalypse chez Valentin Silvestrov Alors que montaient les tensions avec l'impérialisme russe qui ne voulait pas reconnaître le mouvement national naissant en Ukraine, Valentin Silvestrov, compositeurs ukrainien de réputation mondiale, créa une œuvre chorale en quatre cycles, incluant chacun une variation sur l'hymne national, en écho aux événements de ce que les Ukrainiens appellent la « Révolution de la Dignité » sur la place du Maïdan à Kiev de novembre 2013 à février 2014.

Les quatre cycles traversent l'arc complet de cette révolution, de la veille hivernale et silencieuse de janvier aux jours meurtriers de février, jusqu'à la berceuse fragile qui clôt le cycle après la victoire, comme si l'hymne national avait dû mourir et renaître plusieurs fois pour dire ce que le peuple ukrainien venait de traverser.

Comme les cantiques de l'Agneau dans l'Apocalypse, reprendre le même chant à travers les épreuves successives est un acte d'espérance, une conviction obstinée que ce qui est chanté, même dans le sang et la nuit, finira par advenir.

  • Musique Ap 4,8–11 : le Sanctus des quatre vivants, hymne de la sainteté divine et ouverture de toute la liturgie céleste
  • Musique Ap 5,9–13 : le grand hymne à l'Agneau, point culminant de la vision du trône, où toute la création se joint aux anges et aux anciens
  • Musique Ap 8,1 : le silence du septième sceau fait place au son de la fin des temps
  • Musique Ap 7,10ss : le double hymne de la foule immense et des anges, seul moment où l'assemblée des rachetés chante avec le chœur céleste
  • Musique Ap 11,15–18 : l'hymne de la septième trompette, charnière centrale du livre, qui proclame le règne définitif de Dieu sur l'histoire
  • Musique Ap 15,3s : le cantique de Moïse et de l'Agneau comme chant de reconnaissance
  • Musique Ap 19,1–8 : le grand Alléluia quadruple, hymne eschatologique par excellence, qui conclut le temps du jugement et ouvre sur les noces de l'Agneau
  • Musique Ap 21,1–5 : la Jérusalem nouvelle anticipée par l'écrin de la Basilique de Saint-Denis pour une prière pleine d'espérance

Valentin Silvestrov (1937-...), « Prière pour l’Ukraine » à la Basilique Saint-Denis (France), 2014

Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, enregistrement de Constantin Sigov (26/03/26)

© Licence YouTube Standard→, Ap 21,1-5

La « Prière pour l'Ukraine » fut donnée en concert le 26 mars 2026 en présence du compositeur. Elle fut présentée par le philosophe Constantin Sigov, ami du compositeur :

  • Constantin SigovDiscours d'introduction au concert : « Quelle émotion : la basilique de Saint-Denis résonne de la présence de l’Ukraine ce soir ! Nécropole des rois, la basilique de Saint-Denis fut un lieu de vie et de résistance : ses plombs royaux furent fondus en balles pour repousser les armées étrangères, ses nefs abritèrent le grain et la farine qui ont nourri le peuple, et ses pierres accueillirent théâtre et chants, rappelant que les peuples en guerre ont besoin de tout ceci pour cultiver l'espérance. L’Ukraine, patrie d’Anne de Kyiv, épouse d’Henri Ier, reine et régente de France, est accueillie, ce soir, par sa sœur d’Occident, dans un geste qui porte tous les signes d’une certaine tradition de solidarité et d’hospitalité européenne. Et cela, en ce moment singulièrement dramatique, qui est ce temps de malheur et de larmes, où les Ukrainiens vivent jour et nuit la terreur que fait régner sur elle un ennemi qui a décidé que l’Ukraine ne doit pas exister, que sa culture doit être effacée. Les musiques que nous allons entendre sont les voix de cette Ukraine meurtrie, qui continue à exister, et qui existe plus que jamais, сar elle poursuit héroïquement le combat pour sa liberté et pour la vôtre, dans les grandes villes du pays, dans les villages, dans les tranchées du Donbass. Ces musiques sont la pulsation du cœur de l’Ukraine. Elles portent le témoignage d’une vie de l’esprit, que les destructions des drones et les cendres de la guerre sont impuissantes à étouffer. Une vie de l’esprit plus forte que l’adversaire, parce qu’elle a pour énergie la dignité d’un peuple, sa liberté, sa confiance en la vie. C’est le combat que soutiennent les musiciens que nous allons entendre. Le combat des interprètes : le chœur de Kyiv et le chœur français. Mais c’est le combat, tout particulièrement, de Valentyn Silvestrov, que le New York Times a qualifié de « porte-parole musical de l’Ukraine » en 2014 et immense compositeur de notre temps. Au fil de sa vie V. Silvestrov a créé une œuvre puissamment originale, tissée de mélodies secrètes, de notes entremêlées de silences et de résonances, qui nous attire dans un espace intérieur, à l’écart du fracas des violences et des tyrannies. Un espace intérieur, où la vie renaît, germe et se multiplie. Il nous fait l'honneur de sa présence ce soir. Puisse chacun, ce soir, faire l’expérience heureuse de ces voix d'Ukraine qui amènent jusqu’à nous un souffle d’espérance et d’énergie nouvelle, envers et contre tout » (26 mars 2026, Basilique Saint-Denis (France).
Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).

1 Apocalypse CYCLE de l'Apocalypse chez Valentin Silvestrov Alors que montaient les tensions avec l'impérialisme russe qui ne voulait pas reconnaître le mouvement national naissant en Ukraine, Valentin Silvestrov créa une œuvre chorale en quatre cycles, incluant chacun une variation sur l'hymne national, en écho aux événements de ce que les Ukrainiens appellent la « Révolution de la Dignité » sur la place du Maïdan à Kiev de novembre 2013 à février 2014.

Les quatre cycles traversent l'arc complet de cette révolution, de la veille hivernale et silencieuse de janvier aux jours meurtriers de février, jusqu'à la berceuse fragile qui clôt le cycle après la victoire, comme si l'hymne national avait dû mourir et renaître plusieurs fois pour dire ce que le peuple ukrainien venait de traverser.

Comme les cantiques de l'Agneau dans l'Apocalypse, reprendre le même chant à travers les épreuves successives est un acte d'espérance, une conviction obstinée que ce qui est chanté, même dans le sang et la nuit, finira par advenir.

  • Musique Ap 4,8–11 : le Sanctus des quatre vivants, hymne de la sainteté divine et ouverture de toute la liturgie céleste
  • Musique Ap 5,9–13 : le grand hymne à l'Agneau, point culminant de la vision du trône, où toute la création se joint aux anges et aux anciens
  • Musique Ap 8,1 : le silence du septième sceau fait place au son de la fin des temps
  • Musique Ap 7,10ss : le double hymne de la foule immense et des anges, seul moment où l'assemblée des rachetés chante avec le chœur céleste
  • Musique Ap 11,15–18 : l'hymne de la septième trompette, charnière centrale du livre, qui proclame le règne définitif de Dieu sur l'histoire
  • Musique Ap 15,3s : le cantique de Moïse et de l'Agneau comme chant de reconnaissance
  • Musique Ap 19,1–8 : le grand Alléluia quadruple, hymne eschatologique par excellence, qui conclut le temps du jugement et ouvre sur les noces de l'Agneau
  • Musique Ap 21,1–5 : la Jérusalem nouvelle anticipée par l'écrin de la Basilique de Saint-Denis pour une prière pleine d'espérance

Valentin Silvestrov (1937-...), « Prière pour l’Ukraine » à la Basilique Saint-Denis (France), 2014

Mykola Hobdych (dir.), Kiev Chamber Choir, enregistrement de Constantin Sigov (26/03/26)

© Licence YouTube Standard→, Ap 21,1-5

La « Prière pour l'Ukraine » fut donnée en concert le 26 mars 2026 en présence du compositeur. Elle fut présentée par le philosophe Constantin Sigov, ami du compositeur :

  • Constantin SigovDiscours d'introduction au concert : « Quelle émotion : la basilique de Saint-Denis résonne de la présence de l’Ukraine ce soir ! Nécropole des rois, la basilique de Saint-Denis fut un lieu de vie et de résistance : ses plombs royaux furent fondus en balles pour repousser les armées étrangères, ses nefs abritèrent le grain et la farine qui ont nourri le peuple, et ses pierres accueillirent théâtre et chants, rappelant que les peuples en guerre ont besoin de tout ceci pour cultiver l'espérance. L’Ukraine, patrie d’Anne de Kyiv, épouse d’Henri Ier, reine et régente de France, est accueillie, ce soir, par sa sœur d’Occident, dans un geste qui porte tous les signes d’une certaine tradition de solidarité et d’hospitalité européenne. Et cela, en ce moment singulièrement dramatique, qui est ce temps de malheur et de larmes, où les Ukrainiens vivent jour et nuit la terreur que fait régner sur elle un ennemi qui a décidé que l’Ukraine ne doit pas exister, que sa culture doit être effacée. Les musiques que nous allons entendre sont les voix de cette Ukraine meurtrie, qui continue à exister, et qui existe plus que jamais, сar elle poursuit héroïquement le combat pour sa liberté et pour la vôtre, dans les grandes villes du pays, dans les villages, dans les tranchées du Donbass. Ces musiques sont la pulsation du cœur de l’Ukraine. Elles portent le témoignage d’une vie de l’esprit, que les destructions des drones et les cendres de la guerre sont impuissantes à étouffer. Une vie de l’esprit plus forte que l’adversaire, parce qu’elle a pour énergie la dignité d’un peuple, sa liberté, sa confiance en la vie. C’est le combat que soutiennent les musiciens que nous allons entendre. Le combat des interprètes : le chœur de Kyiv et le chœur français. Mais c’est le combat, tout particulièrement, de Valentyn Silvestrov, que le New York Times a qualifié de « porte-parole musical de l’Ukraine » en 2014 et immense compositeur de notre temps. Au fil de sa vie V. Silvestrov a créé une œuvre puissamment originale, tissée de mélodies secrètes, de notes entremêlées de silences et de résonances, qui nous attire dans un espace intérieur, à l’écart du fracas des violences et des tyrannies. Un espace intérieur, où la vie renaît, germe et se multiplie. Il nous fait l'honneur de sa présence ce soir. Puisse chacun, ce soir, faire l’expérience heureuse de ces voix d'Ukraine qui amènent jusqu’à nous un souffle d’espérance et d’énergie nouvelle, envers et contre tout » (26 mars 2026, Basilique Saint-Denis (France).
Compositeur

Valentin Silvestrov, né à Kiev en 1937, est le plus grand compositeur ukrainien vivant et l'une des figures majeures de la musique contemporaine mondiale. Son œuvre ne se cantonne pas à l'espace du concert : elle est profondément ancrée dans l'histoire et les convulsions de son temps.

Persécuté en URSS pour « formalisme », exclu de l'Union des compositeurs, il a traversé des décennies d'underground avant d'être reconnu sur les plus grandes scènes européennes. Lors de la révolution du Maïdan, en 2013-2014, il descend dans la rue et compose cinq versions successives de l'hymne ukrainien, épousant au plus près le rythme des événements — de la veille silencieuse à la colère, puis à la victoire.

Sa musique fonctionne, selon la formule qu'il reprend à la poétesse Olga Sedakova, comme un « cardiogramme de l'époque » : elle enregistre ce que la société ressent avant même de pouvoir le dire. En 2022, à 84 ans, il quitte l'Ukraine sous les bombes. Toute son existence illustre cette conviction que la beauté et la liberté sont indissociables.

Selon l'un des principaux intellectuels ukainiens, figure majeure de la résistance culturelle et intellectuelle à l'agression russe, sa musique est avant tout un acte de résistance spirituelle :

  • Constantin Sigov, « La liberté de l’Ukraine et la musique de Valentin Silvestrov » : « Les sons incomparablement libres des mélodies de Silvestrov nous entraînent au-delà de ces deux tendances [d'aliénation de la musique classique : l'ignorance en gros et dans le détail et l'adoration décorative de ses façades philarmoniques], présentant de manière inattendue de nouvellesformes de connexion entre la musique et les paroles, de la poésie contemporaine en passant par le classique et jusqu’aux stichères liturgiques et aux psaumes. La nouvelle musique "dégivre" les textes figés et gelés, connus mais oubliés justement en raison de leur familiarité » (Revue La Règle du Jeu n°57→, mai 2015).

4ss Message de paix de l'Apocalypse

20e s.

Bertold Hummel (1925-2002), Friedensbotschaft der Apokalypse, 1991

Monteverdichor Würzburg

© Licence YouTube standard→, Ap 1,4ss

Cinéma

1,1–22,21 Allusions à l'Apocalypse

  • Ingmar Bergman, Det sjunde inseglet [« le septième sceau »] (1957).
  • Vincente Minnelli, The Four Horsemen of the Apocalypse (1961).
  • Andrei Tarkovski, Offret [« le sacrifice »] (1985).
  • Peter Jackson, The Lord of the Rings (en particulier le 3e film, 2003).